Fenêtre ouverte
D'abord je ne vois rien. L'air froid qui s'échappe du ventilateur frénétique fait vaciller la flamme de l'unique bougie disposée sur la table de la cuisine. A mesure que mes yeux s'accoutument à la faible lumière, les détails de la pièce paraissent émerger lentement de la pénombre.
Confortablement installée dans mon fauteuil habituel près de la fenêtre de la cuisine,déchaussée,les pieds posés sur la table, les chaussettes trouées, je guette le monde extérieur tel un oiseau de proie niché dans les hauteurs des montagnes, prêt à attaquer à tout moment.
Il est trois heures du matin à Paris et la plus belle ville du monde somnole paisiblement, plongée dans ces rêves étranges et agités qui la rendent indéniablement unique. Il est trois heures du matin , je suis seule dans ma cuisine et je n'ai pas sommeil. Une cigarette à la main, j'observe,j'écoute, en attente du moindre signe de vie qui me ferait oublier ma solitude nocturne.
Il y a longtemps, lors d'un trivial accident dont la pleine signification ne m'apparut qu'après coup (le souvenir m'en brûle encore),j'avais découvert qu'un mystère alléchant se cachait derrière les fenêtres éclairées. C'était lors d'une soirée où j'étais encore une enfant turbulente et capricieuse. J'avais été punie pour avoir refusé de manger de la viande de cheval (mon amour pour ces braves bêtes ne dura d'ailleurs qu'un temps) que ma mère avait préparé avec amour pour le dîner. Je me tenais assise bien droite sur mon lit, les yeux levés vers le ciel parsemé d'étoiles qui semblaient me sourire de l'autre côté de la fenêtre. Notre petit appartement familial se trouvait en plein centre de Paris, dans une petite rue bien tranquille dont j'ai aujourd'hui oublié le nom. Soudain, une lumière surgissant d'un des appartements installés de l'autre côté de la rue attira mon regard. Intriguée, je m'approchais de plus près de la fenêtre et observais avec plus d'attention l'intérieur de la pièce. Je ne voyais en réalité que des ombres défiler devant mes yeux telles des pantins articulés dont les ficelles seraient invisibles. Devant ce spectacle bien qu'ordinaire, mon imagination de petite fille se mit en marche à pleine vitesse, et je devinais déjà des personnages étranges et fabuleux cachés dans cet appartement, à l'abri des regards indiscrets et des enfants curieux. Mon père, qui m'avait aperçue depuis la porte de ma chambre, s'était assis à mes côtés sur le lit et m'avait chuchoté doucement: « Les fenêtres sont le reflet de notre monde, mais aussi de tous les autres. Il y a beaucoup d'histoires en elles. Chacune cache quelque chose d'unique, d'inattendu. Ce sont pas des portes ouvertes à notre imagination, mais aussi des gardiennes d'un univers magique et impénétrable. »
Ces mots, je ne les ai jamais oubliés. A partir de ce jour, ils donnèrent naissance à une curiosité viscérale qui occupent une partie de mes nuits actuelles. Quel autre effet auraient -pu avoir de telles paroles, destinées à un enfant doté d'une imagination foisonnante?
Cette théorie des fenêtres expliquée par mon père était juste; je le sais pertinemment en cet instant même, à trois heures du matin, tout à fait insomniaque dans mon périmètre d'angoisse personnel, accoudée à ma table de cuisine, observant le monde depuis mon cocon chaud et douillet.
C'est qu' au-delà de la petite flamme de la bougie qui danse à côté de moi sur la table, je viens de voir la mystérieuse fenêtre récemment éclairée d'un voisin, et je me demande quelle histoire il peut y avoir en elle.
Les fenêtres éclairées aux hautes heures de la nuit me tiennent souvent éveillée tout au long de méditations nocturnes interminables. Car que peut-il y avoir de plus excitant qu'un rectangle de lumière jaune dans le cube parfaitement noir de la nuit? Qui pourrait bien être à l'intérieur? Serait-ce un homme brisé,malade,un couple au bord de la séparation,des joueurs frénétiques,des candidats au suicide,des voleurs indiscrets? Quelqu'un naît-il, quelqu un meurt-il?
Fenêtre éclairée aux hautes heures de la nuit, qui protèges-tu donc derrière ton cadre intimiste et réconfortant? Si l'on pouvait écrire tout ce qui se cache derrière tes carreaux biseautés ou brisés, s'écrirait le plus angoissant poème de l'humanité.
En regardant plus attentivement cette fenêtre éclairée de mon voisin d'en face, mon imagination se réveille et je pense tout d'abord à quelqu un qui, à cette heure avancée de la nuit, se découvre insomniaque comme je le suis moi-même. L'idée me vient soudain que mon voisin épie peut-être lui aussi une fenêtre éclairée aux hautes heures de la nuit et que cette fenêtre, c'est la mienne, et que pour lui, je suis peut-être une personne au bord du suicide ou quelque un qui, à force de regarder la lumière de son ordinateur, s'est brûlé les rétines.
Fenêtres qui, aux hautes heures de la nuit, sont des phares. Il y a beaucoup d'histoires en elles. Histoires de voleurs munis de torches et de lanternes, histoires de jeunes mères tourmentées par un sommeil court et agité. Histoires de couples qui font l'amour sans penser au lendemain ou d'amis en proie à une crise existentielle qui pensent que le plus angoissant poème que l'on puisse écrire sur l'humanité se trouve bien là, derrière les fenêtres éclairées à trois heures du matin.
Fenêtre éclairée d'un voisin inconnu que je suis à présent en train d'observer d'un ½il avide. Ma curiosité s'efface lentement pour laisser place à l'inquiétude. Regardant depuis mon périmètre d'angoisse ce rectangle d'or, je pense tout d'abord au pire scénario: et s'il s'agissait d'un voleur entré par effraction, un de ces professionnels du cambriolage qui ne laisse aucun indice derrière lui? Je serais alors témoin d'une violation de la loi, et complice d'un crime que je n'aurais pas commis par-dessus le marché! Les policiers viendraient frapper à la porte de mon appartement à la première heure demain matin en me demandant si je n'avais pas remarqué quelque chose d'anormal, moi qui habite juste en face du lieu saccagé. Je mentirais alors pour sauver ma peau et cela se verrait puisque je ne sais pas mentir. Malgré la chaleur étouffante qui règne dans la pièce, je sens un long frisson me parcourir l'échine.
Je tente tant bien que mal de retrouver mes esprits. Je me demande d'où me vient cette tendance à envisager les choses au tragique.
Tandis que j'écrase le mégot dans un cendrier traînant sur la table à côté de la bougie, j'imagine qu'il s'agit en réalité de quelqu un qui, à de telles heures, navigue sur le réseau infini de son écran d'ordinateur. C'est là d'une hypothèse plus probable. Au moment où j'approche mes lèvres de la bougie presque consumée pour en éteindre la flamme , mon angoisse dépose en moi quelque chose qui ressemble à l' arrière goût d'un sanglot, car je m'aperçois que mon monde s'est irrémédiablement entouré de limite, ancré dans une solitude profonde et indicible qui me ronge à chaque heure avancée de la nuit.
Seule en compagnie de cette insomnie chronique que je traîne depuis si longtemps, je me remets à observer la fenêtre en quête d'un signe de vie qui me rappellerait que le temps ne s'est pas figé. C'est assurément la fenêtre de quelqu un qui s'est penché sur le Réseau indistinct et confus et qui a le monde entier à sa disposition, hors de toute limite. Il m'a moi aussi, espionne corrompue et stérile qui aspire à ce que demain soit un autre jour et à ne plus être celle qui subit ce rêve somnambule aux hautes heures de la nuit, seule contre tous mais surtout seule contre elle-même. Peut-être demain, réussirai-je à être une autre, mais je crois que je serai celle qui tentera, une fois de plus, de trouver sa place au sein de ce monde, dans la chaleur de midi ou dans la fureur calme de la nuit. L'écran fermé qui me fait face laisse s'échapper la lumière de l'humanité toute entière. Cette fenêtre éclairée me conforte dans l'idée que ma solitude est partagée, puisqu'elle reflète celle de chaque homme, que l'esprit de ce dernier demeure éveillé ou qu'il soit au contraire plongé dans les abîmes, certes délectables, du sommeil.
Soudain la lumière s'éteint, et je me retrouve plongée dans une obscurité pleine, vibrante, telle que peut l'être en cet instant mon existence. Mon angoisse qui découlait de cette solitude irréversible, n'est plus qu'un souvenir qu'aura emporté le vent frais du matin. Je frotte mes yeux rougis de fatigue et, après avoir pris soin de laisser la fenêtre légèrement entrouverte pour sentir la légère brise du matin à mon réveil, me dirige vers mon lit défait.
Il est quatre heures du matin, et l'humanité se rendort en m'emportant avec elle dans les hautes sphères de la nuit, dans un monde intangible et singulier que je ne crains plus.
Un monde qui, comme l'air bleu et profond en cette nuit d'été, ne se trouve nulle part et est interminable.
A-S Bretinière ton cadre intimiste et réconfortant? Si l'on pouvait écrire tout ce qui se cache derrière tes carreaux biseautés ou brisés, s'écrirait le plus angoissant poème de l'humanité.
En regardant plus attentivement cette fenêtre éclairée de mon voisin d'en face, mon imagination se réveille et je pense tout d'abord à quelqu un qui, à cette heure avancée de la nuit, se découvre insomniaque comme je le suis moi-même. L'idée me vient soudain que mon voisin épie peut-être lui aussi une fenêtre éclairée aux hautes heures de la nuit et que cette fenêtre, c'est la mienne, et que pour lui, je suis peut-être une personne au bord du suicide ou quelque un qui, à force de regarder la lumière de son ordinateur, s'est brûlé les rétines.
Fenêtres qui, aux hautes heures de la nuit, sont des phares. Il y a beaucoup d'histoires en elles. Histoires de voleurs munis de torches et de lanternes, histoires de jeunes mères tourmentées par un sommeil court et agité. Histoires de couples qui font l'amour sans penser au lendemain ou d'amis en proie à une crise existentielle qui pensent que le plus angoissant poème que l'on puisse écrire sur l'humanité se trouve bien là, derrière les fenêtres éclairées à trois heures du matin.
Fenêtre éclairée d'un voisin inconnu que je suis à présent en train d'observer d'un ½il avide. Ma curiosité s'efface lentement pour laisser place à l'inquiétude. Regardant depuis mon périmètre d'angoisse ce rectangle d'or, je pense tout d'abord au pire scénario: et s'il s'agissait d'un voleur entré par effraction, un de ces professionnels du cambriolage qui ne laisse aucun indice derrière lui? Je serais alors témoin d'une violation de la loi, et complice d'un crime que je n'aurais pas commis par-dessus le marché! Les policiers viendraient frapper à la porte de mon appartement à la première heure demain matin en me demandant si je n'avais pas remarqué quelque chose d'anormal, moi qui habite juste en face du lieu saccagé. Je mentirais alors pour sauver ma peau et cela se verrait puisque je ne sais pas mentir. Malgré la chaleur étouffante qui règne dans la pièce, je sens un long frisson me parcourir l'échine.
Je tente tant bien que mal de retrouver mes esprits. Je me demande d'où me vient cette tendance à envisager les choses au tragique.
Tandis que j'écrase le mégot dans un cendrier traînant sur la table à côté de la bougie, j'imagine qu'il s'agit en réalité de quelqu un qui, à de telles heures, navigue sur le réseau infini de son écran d'ordinateur. C'est là d'une hypothèse plus probable. Au moment où j'approche mes lèvres de la bougie presque consumée pour en éteindre la flamme , mon angoisse dépose en moi quelque chose qui ressemble à l' arrière goût d'un sanglot, car je m'aperçois que mon monde s'est irrémédiablement entouré de limite, ancré dans une solitude profonde et indicible qui me ronge à chaque heure avancée de la nuit.
Seule en compagnie de cette insomnie chronique que je traîne depuis si longtemps, je me remets à observer la fenêtre en quête d'un signe de vie qui me rappellerait que le temps ne s'est pas figé. C'est assurément la fenêtre de quelqu un qui s'est penché sur le Réseau indistinct et confus et qui a le monde entier à sa disposition, hors de toute limite. Il m'a moi aussi, espionne corrompue et stérile qui aspire à ce que demain soit un autre jour et à ne plus être celle qui subit ce rêve somnambule aux hautes heures de la nuit, seule contre tous mais surtout seule contre elle-même. Peut-être demain, réussirai-je à être une autre, mais je crois que je serai celle qui tentera, une fois de plus, de trouver sa place au sein de ce monde, dans la chaleur de midi ou dans la fureur calme de la nuit. L'écran fermé qui me fait face laisse s'échapper la lumière de l'humanité toute entière. Cette fenêtre éclairée me conforte dans l'idée que ma solitude est partagée, puisqu'elle reflète celle de chaque homme, que l'esprit de ce dernier demeure éveillé ou qu'il soit au contraire plongé dans les abîmes, certes délectables, du sommeil.
Soudain la lumière s'éteint, et je me retrouve plongée dans une obscurité pleine, vibrante, telle que peut l'être en cet instant mon existence. Mon angoisse qui découlait de cette solitude irréversible, n'est plus qu'un souvenir qu'aura emporté le vent frais du matin. Je frotte mes yeux rougis de fatigue et, après avoir pris soin de laisser la fenêtre légèrement entrouverte pour sentir la légère brise du matin à mon réveil, me dirige vers mon lit défait.
Il est quatre heures du matin, et l'humanité se rendort en m'emportant avec elle dans les hautes sphères de la nuit, dans un monde intangible et singulier que je ne crains plus.
Un monde qui, comme l'air bleu et profond en cette nuit d'été, ne se trouve nulle part et est interminable.
A-S Bretin vibrante, telle que peut l'être en cet instant mon existence. Mon angoisse qui découlait de cette solitude irréversible, n'est plus qu'un souvenir qu'aura emporté le vent frais du matin. Je frotte mes yeux rougis de fatigue et, après avoir pris soin de laisser la fenêtre légèrement entrouverte pour sentir la légère brise du matin à mon réveil, me dirige vers mon lit défait.
Il est quatre heures du matin, et l'humanité se rendort en m'emportant avec elle dans les hautes sphères de la nuit, dans un monde intangible et singulier que je ne crains plus.
Un monde qui, comme l'air bleu et profond en cette nuit d'été, ne se trouve nulle part et est interminable.
A-S Bretinière ton cadre intimiste et réconfortant? Si l'on pouvait écrire tout ce qui se cache derrière tes carreaux biseautés ou brisés, s'écrirait le plus angoissant poème de l'humanité.
En regardant plus attentivement cette fenêtre éclairée de mon voisin d'en face, mon imagination se réveille et je pense tout d'abord à quelqu un qui, à cette heure avancée de la nuit, se découvre insomniaque comme je le suis moi-même. L'idée me vient soudain que mon voisin épie peut-être lui aussi une fenêtre éclairée aux hautes heures de la nuit et que cette fenêtre, c'est la mienne, et que pour lui, je suis peut-être une personne au bord du suicide ou quelque un qui, à force de regarder la lumière de son ordinateur, s'est brûlé les rétines.
Fenêtres qui, aux hautes heures de la nuit, sont des phares. Il y a beaucoup d'histoires en elles. Histoires de voleurs munis de torches et de lanternes, histoires de jeunes mères tourmentées par un sommeil court et agité. Histoires de couples qui font l'amour sans penser au lendemain ou d'amis en proie à une crise existentielle qui pensent que le plus angoissant poème que l'on puisse écrire sur l'humanité se trouve bien là, derrière les fenêtres éclairées à trois heures du matin.
Fenêtre éclairée d'un voisin inconnu que je suis à présent en train d'observer d'un ½il avide. Ma curiosité s'efface lentement pour laisser place à l'inquiétude. Regardant depuis mon périmètre d'angoisse ce rectangle d'or, je pense tout d'abord au pire scénario: et s'il s'agissait d'un voleur entré par effraction, un de ces professionnels du cambriolage qui ne laisse aucun indice derrière lui? Je serais alors témoin d'une violation de la loi, et complice d'un crime que je n'aurais pas commis par-dessus le marché! Les policiers viendraient frapper à la porte de mon appartement à la première heure demain matin en me demandant si je n'avais pas remarqué quelque chose d'anormal, moi qui habite juste en face du lieu saccagé. Je mentirais alors pour sauver ma peau et cela se verrait puisque je ne sais pas mentir. Malgré la chaleur étouffante qui règne dans la pièce, je sens un long frisson me parcourir l'échine.
Je tente tant bien que mal de retrouver mes esprits. Je me demande d'où me vient cette tendance à envisager les choses au tragique.
Tandis que j'écrase le mégot dans un cendrier traînant sur la table à côté de la bougie, j'imagine qu'il s'agit en réalité de quelqu un qui, à de telles heures, navigue sur le réseau infini de son écran d'ordinateur. C'est là d'une hypothèse plus probable. Au moment où j'approche mes lèvres de la bougie presque consumée pour en éteindre la flamme , mon angoisse dépose en moi quelque chose qui ressemble à l' arrière goût d'un sanglot, car je m'aperçois que mon monde s'est irrémédiablement entouré de limite, ancré dans une solitude profonde et indicible qui me ronge à chaque heure avancée de la nuit.
Seule en compagnie de cette insomnie chronique que je traîne depuis si longtemps, je me remets à observer la fenêtre en quête d'un signe de vie qui me rappellerait que le temps ne s'est pas figé. C'est assurément la fenêtre de quelqu un qui s'est penché sur le Réseau indistinct et confus et qui a le monde entier à sa disposition, hors de toute limite. Il m'a moi aussi, espionne corrompue et stérile qui aspire à ce que demain soit un autre jour et à ne plus être celle qui subit ce rêve somnambule aux hautes heures de la nuit, seule contre tous mais surtout seule contre elle-même. Peut-être demain, réussirai-je à être une autre, mais je crois que je serai celle qui tentera, une fois de plus, de trouver sa place au sein de ce monde, dans la chaleur de midi ou dans la fureur calme de la nuit. L'écran fermé qui me fait face laisse s'échapper la lumière de l'humanité toute entière. Cette fenêtre éclairée me conforte dans l'idée que ma solitude est partagée, puisqu'elle reflète celle de chaque homme, que l'esprit de ce dernier demeure éveillé ou qu'il soit au contraire plongé dans les abîmes, certes délectables, du sommeil.
Soudain la lumière s'éteint, et je me retrouve plongée dans une obscurité pleine, vibrante, telle que peut l'être en cet instant mon existence. Mon angoisse qui découlait de cette solitude irréversible, n'est plus qu'un souvenir qu'aura emporté le vent frais du matin. Je frotte mes yeux rougis de fatigue et, après avoir pris soin de laisser la fenêtre légèrement entrouverte pour sentir la légère brise du matin à mon réveil, me dirige vers mon lit défait.
Il est quatre heures du matin, et l'humanité se rendort en m'emportant avec elle dans les hautes sphères de la nuit, dans un monde intangible et singulier que je ne crains plus.
Un monde qui, comme l'air bleu et profond en cette nuit d'été, ne se trouve nulle part et est interminable.
A-S Bretinuit, seule contre tous mais surtout seule contre elle-même. Peut-être demain, réussirai-je à être une autre, mais je crois que je serai celle qui tentera, une fois de plus, de trouver sa place au sein de ce monde, dans la chaleur de midi ou dans la fureur calme de la nuit. L'écran fermé qui me fait face laisse s'échapper la lumière de l'humanité toute entière. Cette fenêtre éclairée me conforte dans l'idée que ma solitude est partagée, puisqu'elle reflète celle de chaque homme, que l'esprit de ce dernier demeure éveillé ou qu'il soit au contraire plongé dans les abîmes, certes délectables, du sommeil.
Soudain la lumière s'éteint, et je me retrouve plongée dans une obscurité pleine, vibrante, telle que peut l'être en cet instant mon existence. Mon angoisse qui découlait de cette solitude irréversible, n'est plus qu'un souvenir qu'aura emporté le vent frais du matin. Je frotte mes yeux rougis de fatigue et, après avoir pris soin de laisser la fenêtre légèrement entrouverte pour sentir la légère brise du matin à mon réveil, me dirige vers mon lit défait.
Il est quatre heures du matin, et l'humanité se rendort en m'emportant avec elle dans les hautes sphères de la nuit, dans un monde intangible et singulier que je ne crains plus.
Un monde qui, comme l'air bleu et profond en cette nuit d'été, ne se trouve nulle part et est interminable.
A-S Bretin vibrante, telle que peut l'être en cet instant mon existence. Mon angoisse qui découlait de cette solitude irréversible, n'est plus qu'un souvenir qu'aura emporté le vent frais du matin. Je frotte mes yeux rougis de fatigue et, après avoir pris soin de laisser la fenêtre légèrement entrouverte pour sentir la légère brise du matin à mon réveil, me dirige vers mon lit défait.
Il est quatre heures du matin, et l'humanité se rendort en m'emportant avec elle dans les hautes sphères de la nuit, dans un monde intangible et singulier que je ne crains plus.
Un monde qui, comme l'air bleu et profond en cette nuit d'été, ne se trouve nulle part et est interminable.
A-S Bretinière ton cadre intimiste et réconfortant? Si l'on pouvait écrire tout ce qui se cache derrière tes carreaux biseautés ou brisés, s'écrirait le plus angoissant poème de l'humanité.
En regardant plus attentivement cette fenêtre éclairée de mon voisin d'en face, mon imagination se réveille et je pense tout d'abord à quelqu un qui, à cette heure avancée de la nuit, se découvre insomniaque comme je le suis moi-même. L'idée me vient soudain que mon voisin épie peut-être lui aussi une fenêtre éclairée aux hautes heures de la nuit et que cette fenêtre, c'est la mienne, et que pour lui, je suis peut-être une personne au bord du suicide ou quelque un qui, à force de regarder la lumière de son ordinateur, s'est brûlé les rétines.
Fenêtres qui, aux hautes heures de la nuit, sont des phares. Il y a beaucoup d'histoires en elles. Histoires de voleurs munis de torches et de lanternes, histoires de jeunes mères tourmentées par un sommeil court et agité. Histoires de couples qui font l'amour sans penser au lendemain ou d'amis en proie à une crise existentielle qui pensent que le plus angoissant poème que l'on puisse écrire sur l'humanité se trouve bien là, derrière les fenêtres éclairées à trois heures du matin.
Fenêtre éclairée d'un voisin inconnu que je suis à présent en train d'observer d'un ½il avide. Ma curiosité s'efface lentement pour laisser place à l'inquiétude. Regardant depuis mon périmètre d'angoisse ce rectangle d'or, je pense tout d'abord au pire scénario: et s'il s'agissait d'un voleur entré par effraction, un de ces professionnels du cambriolage qui ne laisse aucun indice derrière lui? Je serais alors témoin d'une violation de la loi, et complice d'un crime que je n'aurais pas commis par-dessus le marché! Les policiers viendraient frapper à la porte de mon appartement à la première heure demain matin en me demandant si je n'avais pas remarqué quelque chose d'anormal, moi qui habite juste en face du lieu saccagé. Je mentirais alors pour sauver ma peau et cela se verrait puisque je ne sais pas mentir. Malgré la chaleur étouffante qui règne dans la pièce, je sens un long frisson me parcourir l'échine.
Je tente tant bien que mal de retrouver mes esprits. Je me demande d'où me vient cette tendance à envisager les choses au tragique.
Tandis que j'écrase le mégot dans un cendrier traînant sur la table à côté de la bougie, j'imagine qu'il s'agit en réalité de quelqu un qui, à de telles heures, navigue sur le réseau infini de son écran d'ordinateur. C'est là d'une hypothèse plus probable. Au moment où j'approche mes lèvres de la bougie presque consumée pour en éteindre la flamme , mon angoisse dépose en moi quelque chose qui ressemble à l' arrière goût d'un sanglot, car je m'aperçois que mon monde s'est irrémédiablement entouré de limite, ancré dans une solitude profonde et indicible qui me ronge à chaque heure avancée de la nuit.
Seule en compagnie de cette insomnie chronique que je traîne depuis si longtemps, je me remets à observer la fenêtre en quête d'un signe de vie qui me rappellerait que le temps ne s'est pas figé. C'est assurément la fenêtre de quelqu un qui s'est penché sur le Réseau indistinct et confus et qui a le monde entier à sa disposition, hors de toute limite. Il m'a moi aussi, espionne corrompue et stérile qui aspire à ce que demain soit un autre jour et à ne plus être celle qui subit ce rêve somnambule aux hautes heures de la nuit, seule contre tous mais surtout seule contre elle-même. Peut-être demain, réussirai-je à être une autre, mais je crois que je serai celle qui tentera, une fois de plus, de trouver sa place au sein de ce monde, dans la chaleur de midi ou dans la fureur calme de la nuit. L'écran fermé qui me fait face laisse s'échapper la lumière de l'humanité toute entière. Cette fenêtre éclairée me conforte dans l'idée que ma solitude est partagée, puisqu'elle reflète celle de chaque homme, que l'esprit de ce dernier demeure éveillé ou qu'il soit au contraire plongé dans les abîmes, certes délectables, du sommeil.
Soudain la lumière s'éteint, et je me retrouve plongée dans une obscurité pleine, vibrante, telle que peut l'être en cet instant mon existence. Mon angoisse qui découlait de cette solitude irréversible, n'est plus qu'un souvenir qu'aura emporté le vent frais du matin. Je frotte mes yeux rougis de fatigue et, après avoir pris soin de laisser la fenêtre légèrement entrouverte pour sentir la légère brise du matin à mon réveil, me dirige vers mon lit défait.
Il est quatre heures du matin, et l'humanité se rendort en m'emportant avec elle dans les hautes sphères de la nuit, dans un monde intangible et singulier que je ne crains plus.
Un monde qui, comme l'air bleu et profond en cette nuit d'été, ne se trouve nulle part et est interminable.
A-S Bretin
peinture : Femme lisant une lettre face à une fenêtre ouverte par Jan Vermeer, 1657


